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Pourquoi la sécurité affective, la régulation émotionnelle et le repos sont essentiels au développement de l’enfant : Entretien avec Laure Miltgen

17 août 2026

Quand un enfant refuse de s’endormir, fait une crise de colère ou semble constamment à fleur de peau, les adultes cherchent souvent une solution rapide.

Pourtant, selon Laure Miltgen, fondatrice de KannerPerspektiv, la réponse ne se trouve pas dans davantage de contrôle ou de sanctions, mais dans la compréhension des besoins de l’enfant et dans la qualité de l’accompagnement offert par son entourage.

 

Pour bien dormir, un enfant doit se sentir en sécurité

Afin qu’un enfant puisse facilement s’endormir, il est important d’apprendre à reconnaître les premiers signes de fatigue et de créer un environnement propice au calme. Les écrans, le bruit, les sollicitations permanentes ou encore le stress ambiant peuvent empêcher le système nerveux de se mettre au repos.

Cependant, pour les enfants, bien dormir ne dépend pas seulement de la chambre à coucher ou du rituel du soir. Cela se construit avant tout dans la relation avec les personnes de référence tels que les parents. Car, selon l’experte : « Quand on s’endort, on devient vulnérable. Pour bien dormir, il faut se sentir en sécurité. »

 

Les enfants ont besoin de modèles

Les personnes de référence occupent un rôle essentiel, car les enfants accordent souvent leur système nerveux à celui des parents explique Laure Miltgen  

Elle souligne que, quand les parents montrent comment ils prennent soin de leur propre système nerveux, les enfants apprennent à faire de même via la co-régulation.

Un adulte stressé ou constamment pressé aura plus de difficulté à accompagner un enfant vers le calme. Cela ne signifie pas qu’il faut être parfait, mais qu’il est essentiel de prendre soin de son propre équilibre.

La fondatrice de la KannerPerektiv plaide ainsi pour davantage de moments de ralentissement dans les familles : des plages sans rendez-vous, sans performance, sans obligation de produire ou de réussir- mais de simples moments de connexion. Dans une société où tout le monde doit constamment fonctionner, ces temps de récupération deviennent précieux.

 

Accompagner plutôt que punir

Laure Miltgen souligne que les sanctions peuvent parfois produire un résultat immédiat, mais elles n’apprennent pas à l’enfant à gérer les problèmes. À long terme, un accompagnement, bienveillant dans un cadre sécurisant avec des limites authentiques ainsi que la répétition permet un apprentissage progressif de l autorégulation. A travers la co-régulation avec l’adulte, les enfants enrichissent leur « boîte à outils » émotionnelle, qui leur permettra progressivement de trouver eux-mêmes des solutions adaptées aux situations qu’ils rencontrent.

Bien sûr, cela dépend du tempérament et de l’âge de l’enfant. De plus, cet apprentissage se fait pas à pas : on n’apprend pas à gérer une situation de stress au cœur de la tempête, mais en s’y préparant bien avant qu’elle ne survienne.

La manière dont les parents accompagnent leurs enfants dans ces moments difficiles façonne la relation qu’ils entretiendront avec eux plus tard. Inconsciemment, les enfants accumulent ces expériences et évaluent progressivement leurs parents comme un refuge de confiance – ou non. Malgré tout, Laure Miltgen souligne qu’il n’est pas nécessaire de réagir parfaitement à chaque situation. Selon elle, le parent suffisamment bon est préférable au parent parfait, qui n’existe pas d’ailleur. Ce qui compte, c’est de donner à l’enfant le sentiment qu’il est aimé pour lui-même, qu'il est en sécurité quand il révèle ses vulnérabilités et que les erreurs sont humaines: personne ne toujours fonctionner ou répondre aux attentes des autres.

Prendre soin de son système nerveux s’apprend

La gestion du stress ne se limite pas aux situations de crise, souligne Laure Miltgen. Elle se construit au quotidien, par de petites habitudes qui permettent au corps de retrouver son calme.

Quelques minutes peuvent parfois suffire : un exercice de respiration au feu rouge, une courte pause sous la douche, quelques instants de pleine conscience dans la voiture ou simplement un moment pour ralentir avant que l’épuisement ne s’installe.

Le corps dispose de nombreux moyens pour signaler au cerveau qu’il peut relâcher sa vigilance. Chanter, par exemple, mobilise naturellement la respiration et favorise l’apaisement. Le contact physique joue également un rôle important. Chez les enfants qui l’apprécient, un câlin ou une étreinte peuvent procurer un profond sentiment de sécurité.

Pendant ces moments de connexion avec une personne de confiance, l’ ’ocytocine, précise-t-elle, parfois aussi appelée « hormone de l’attachement » est secrété. Elle favorise l’apaisement et aide à contrebalancer les effets de « l’hormone du stress », le cortisol.

  

Le sommeil, pilier de la santé

Dans notre société, une personne qui dort beaucoup est souvent perçue de manière négative, observe Laure Miltgen. On la juge paresseuse ou peu travailleuse. Pourtant, le sommeil constitue un pilier essentiel de notre santé mentale et physique – et joue un rôle fondamental dans le développement de l’enfant.

Pendant la nuit, le cerveau consolide les apprentissages de la journée, trie les informations importantes et traite les expériences émotionnelles. Le corps profite également du sommeil profond pour grandir, réparer les tissus et renforcer le système immunitaire.

Un manque de sommeil chronique est associé à un augmentation de risque pou le diabète, l’hypertension artérielle et certains types de démences.

Le sommeil mérite une place centrale dans les priorités familiales, selon l’experte : « Si nous devions prioriser une seule chose dans notre vie, ce serait le sommeil. » Parce qu’un bon sommeil donne l’énergie nécessaire pour agir sur tous les autres aspects de sa vie.

 

Ralentir pour mieux grandir

S’il fallait résumer l’entretien en un seul mot, ce serait peut-être celui-ci : ralentir.

Dans un quotidien souvent rempli d’obligations, il devient facile de perdre de vue l’essentiel. Il nous arrive parfois d’agir avec les meilleures intentions du monde, tout en oubliant ce dont l’enfant a réellement besoin.

Pourtant, ce sont souvent les éléments les plus simples – une relation sécurisante, du temps de qualité, du repos, de l’écoute et de la bienveillance – qui permettent aux enfants de développer leur santé mentale et émotionnelle.

Ainsi, nous aidons les enfants à grandir avec davantage de confiance, de résilience et de sérénité. Et c’est sans doute l’un des plus beaux investissements que nous puissions faire pour l’avenir.

 

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Laure Miltgen est pédiatre en cabinet privé, conseillère en éducation, conseillère familiale systémique et animatrice certifiée Familylab.

Mère de deux enfants, elle est également fondatrice de la KannerPerspektiv.

À travers la KannerPerspektiv, elle accompagne les familles dans leur parentalité au moyen de consultations individuelles et de formations destinées aux parents à différentes étapes du développement de l’enfant.

Elle travaille en luxembourgeois, allemand, français et anglais.

https://www.kannerperspektiv.lu/